INVESTISSEMENT : DOING BUSINESS… LE TROMPE L’OEIL
INVESTISSEMENT : DOING BUSINESS… LE TROMPE L’OEIL
Hisser le Maroc au rang des 50 premières économies mondiales dans trois ans est le leitmotiv de l’équipe actuellement au pouvoir. A rappeler que le Maroc a gagné 9 places pour se hisser au 60ème rang dans le rapport Doing Business 2019. « Le gain de 9 places se répartit entre révisions des données (gain de 5 places) et réformes (gain de 4 places) », explique-t-on dans le rapport.

Reste que cette grimpée qualifiée de vertigineuse n’est pas forcément, voire nullement, palpable sur le taux de la croissance économique qui peine à dépasser les 5% et ne se reflète pas sur la situation sociale empreinte de disparités trop criardes. Si les politiques accordent une importance cruciale au Doing Business en criant sur le toit les scores et les rangs gagnés, il n’en est pas de même pour les opérateurs et les citoyens qui trouvent du mal à joindre les deux bouts pour des raisons connues de tous.

Etant un indicateur important et déterminant dans l’acte d’investir, le gain des places dans le Doing Business n’est pas non plus perceptible sur l’évolution des Investissements Directs Etrangers dont le flux a atteint 10,53 Mds de DH à fin juillet 2019 contre 12,71 Mds de DH, un an auparavant, soit une baisse de 17,2%. (Selon les dernières statistiques de l’Office des changes).

La corrélation entre Doing Business et croissance économique a d’ailleurs fait l’objet d’un débat lors de la dernière rencontre de la CGEM.

La corruption porte préjudice

En passant en revue les indicateurs sociaux-économiques qui se sont bien comportés au cours des dernières années, Yassir Chokairi, Directeur du Pôle Partenariat et Développement, à l’Instance Nationale de la Probité, de la Prévention et de la lutte contre la Corruption s’est arrêté sur l’indicateur corruption où le Maroc est très mal classé.

Il rappelle à juste titre le poids de cet indicateur dans la prise de décision d’une multinationale. Certes, les multinationales accordent une importance au Doing business élaboré par la Banque Mondiale, mais essentiellement à l’indice de perception de la corruption de Transparency (Elément de DB). Il étaye ses propos par les entreprises étrangères qui conditionnent  l’appel à un marché public par leurs filiales en fonction de l’indice de corruption.

Dans le même sillage, force est de constater que dans le secteur de l’export, il existe un point important à savoir l’existence de certaines lois à implications extraterritoriales pour ne citer que les Practice Act USA. Il s’agit de législations qui permettent d’intervenir contre des entreprises ayant bénéficié d’un avantage concurrentiel par rapport à d’autres moyennant des pots de vin. C’est pour dire que l’indice de perception de la corruption se veut déterminant dans le climat des affaires. Des études ont démontré à plusieurs égards le lien existant entre la corruption et le développement économique.

Pour y remédier, Yassir Chokairi insiste sur plusieurs actions à savoir le renforcement des capacités de l’Instance de probité de la corruption, la refonte de la loi sur la corruption qui est soumise au Conseil de gouvernement pour un éventuel amendement, le renforcement des ressources humaines et financières, la simplification et la dématérialisation des procédures, le développement du dispositif de réclamation et de dénonciation…

Il insiste par ailleurs sur la nécessité de créer une coalition anti-corruption parce qu’une institution à elle seule ne peut faire face au phénomène de la corruption. Il faut une mobilisation tout azimuts (Administration, secteur privé, société civile) pour éradiquer ce fléau.

Autres éléments qui assombrissent le tableau du climat des affaires est l’accès au financement. Seuls 25% des PME bénéficient des crédits bancaires (80%). Ajoutons à cela l’entente sur la fourchette des taux d’intérêt entre les banques de la place et ce au détriment des usagers (entreprises et ménages). Sur le volet fiscal, bien qu’on assiste à une baisse de taux, il faut reconnaitre que si l’on ajoute les cotisations patronales à l’impôt sur les sociétés (IS), on dépasse de loin les pays riverains.

Sans vouloir jeter le bébé avec l’eau du bain, le Maroc a certes enregistré des avancées importantes et adopté plusieurs réformes au cours des dernières années. Mais encore faut-il ne pas trop se fier au classement brut annoncé par le Doing Business dont les éléments restent trop limitatifs au risque de se bercer d’illusions.

Parce que in fine, le Doing Business sert à aider le secteur privé à investir dans un climat sain où les règles de jeu sont claires et bien établies. Donc si l’investissement piétine, c’est que le classement est à prendre avec pincettes.

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